Escrime civile

  • Au début du XIVe siècle, un ecclésiastique allemand qui formait la jeunesse de son milieu à une pratique raisonnée de l’escrime à la bocle eut l’idée de recourir à l’image, enrichie de commentaires en latin, pour répandre son enseignement. Cette œuvre inachevée, énigmatique, traversée d’un souffle puissant, premier essai connu de présentation analytique de l’escrime, offre une fascinante vue rapprochée d’une méditation vieille de 700 ans.
  • Centrée sur le maniement raisonné de l’épée et du bouclier, cet enseignement renverse les préjugés relatifs à la brutalité des pratiques des combats médiévaux. Et montre que l’escrime de cette époque n’a rien à envier, en terme de richesse, aux arts martiaux traditionnels d’Orient.
  • Il s’agit d’un livre technique où un système cohérent est exposé de façon organisée, hiérarchisée même. Son originalité dans le paysage des Fechtbücher ultérieurs réside dans le fait que le Livre de l’Art du Combat témoigne d’une entreprise de rationalisation exhaustive des pratiques escrimales, fruit d’une réflexion synthétique absolument unique. Le ton est donné dès la première phrase: « De manière générale, il faut constater que tous les combattants, voire tous ceux qui tiennent une épée en mains, même ignorants de l’art du combat, ont recours à ces sept gardes ».

 

exemple

  • Il faut ajouter que, pour chacune des pièces, la conceptualisation de l’affrontement a fait l’objet d’une modélisation par analogie avec un siège militaire. Les mises en situations opposent l’assiégeant (obsessor) et le gardien (rector custodiae). Cette intelligence du combat met à disposition de l’étudiant un ensemble de possibilités techniques classifiées par familles en fonction des postures initiant l’affrontement : obsessiones et custodiae.
  • Le concepteur de l’œuvre, de façon à présenter les diverses alternatives, utilise un outil d’analyse original : l’omission. Le concept d’omission permet de développer chez les combattants un faisceau de décisions tactiques exploitant les hésitations adverses, c’est-à-dire les «oublis» fautifs correspondant à un défaut d’anticipation de la suite des actions. Ainsi, il est remarquable que le Livre de l’Art du Combat nomme défense le contraire de l’omission ; en d’autre terme, le fait de perturber par anticipation la suite prévisible du déroulement du combat constitue en soi une défense.
  • En conclusion : même s’il vise un public d’adolescents appartenant au clergé — en raison de leur statut d’écolier —, le système de combat enseigné par le Livre de l’Art du Combat n’est pas une escrime sportive, mais bel et bien un système d’auto-défense coïncidant avec le seul cas où l’usage des armes est autorisée pour un membre du clergé: à savoir lors des déplacements sur les grandes routes.

 

 

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